Christine LARA entre Lettres et mots

Entre essai et fiction.

 

                                                         

 

 

 

  Dès son plus jeune âge, Christine Lara a toujours porté un regard attentif sur ce et ceux

qui l'environnent. Tout en refusant  de se mêler de politique, elle a observé les dérives de

certains partis, de certains gouvernements et c'est dans ses écrits qu'elle retransmet les moments

historiques auxquels elle a pu assister.

 

 La révolte du  G.L.A, dans les années 80 à la Guadeloupe attire son attention. La violence

de la répression la bouleverse. Elle rédige alors un essai qui retrace cette période de contestation.

Elle se rend à la prison de Fresnes pour interviewer les membres du mouvement alors

emprisonnés.

 

Elle réalise un travail important de recherche et d'étude sur cette période. Mais cet ouvrage

confié pour lecture à un animateur de la radio indépendantiste lui est subtilisé.

 

                              

 

 

 

 

Christine LARA, installée depuis plusieurs années en Polynésie,  a travaillé sur les événements

politiques qui s'y sont déroulés de 2004 à pratiquement ce jour. Son ouvrage retrace plus

particulièrement les événements politiques de 2004/2005 et qui continuent d'influer sur la société,

l'économie et le pays.

 

 

 

Son ouvrage intitulé:

 

 " Entretien avec Tautiraso, le pays où l'on ne sourit plus", met en scène un dialogue fictif entre

 Bougainville (Toutiraso) et un personnage d'aujourd'hui (Lector).

 

A deux, ils commentent la politique, de  l'ére de la "découverte" de Tahiti à nos jours et

établissent des parallèles entre ces deux époques qui ne sont, finalement, pas si éloignées que l'on

pourrait le penser.

 

Extrait:

 

 

Tautiraso –Quand je suis arrivé sur ces rivages, j’ai découvert que  « la couleur de ces indiens est celle du cuivre ; les femmes sont plus blanches. Il semble qu’il y a parmi ce peuple une autre race beaucoup plus brune »[1] . Ce peuple se composait de deux races différentes mais ayant la même culture, la même langue et la même religion et cela m’intrigue encore aujourd’hui.

 

Lector-Il y avait effectivement des hommes et des femmes de couleur plus sombre. Et même si aujourd’hui encore, pour les mêmes raisons qui font mentir l’histoire, certains refusent de l’admettre ; il y a du sang noir chez les Polynésiens. Que ce soit le fait des migrations en provenance de la Nouvelle-Guinée ou  d’ailleurs, de certains navigateurs ou toute autre origine, il faut être honnête : Pomare I avait les cheveux frisés comme on peut le voir sur le  portrait peint par Hodges en 1773 et le lire  dans l’ouvrage de De Bovis : « Pomare, surnommé le Grand par les missionnaires […] son visage était beaucoup plus noir que celui de la majorité de ses compatriote et surtout des chefs qui se distinguaient habituellement des autres par une couleur moins foncée. […] son nez était vulgairement ce qu’on appelle chez nous un nez en pied de marmite. Sa bouche était épaisse mais ferme. Tout cela ne faisait pas une figure distinguée chez un peuple où les traits réguliers se rencontrent assez souvent, bien que dessinés sans délicatesse »[2]. Vous-même, n’écriviez vous pas dans votre journal  à propos des tahitiens qui vous accueillirent à votre ancrage « l’un deux, remarquable par son énorme chevelure hérissée en rayons », ou encore « la seconde race est d’une taille médiocre, a les cheveux crépus et durs comme du crin »[3] ?

 

Tautiraso- Cela est exact.

 

Lector- Il suffirait, pour ce qui n’en sont toujours pas convaincus,  d’observer des photographies du début du dix-neuvième siècle : pêcheurs tahitiens de l’amiral Paul-émile Miot en 1870, ou de Hoare photographe officiel de la famille Pomare, notamment «Tahitienne » photographie de 1890, ou encore de regarder certains Polynésiens  d’aujourd’hui pour se fonder une opinion plus ouverte. Johann Reinhold Forster se basa certainement sur vos dires et alla plus loin affirmant qu’il y avait bien deux races dans les Îles des mers du sud : « La plupart […] sont habitées par deux différentes races d’hommes ». Jules-Sébastien César Dumont d’Urville considéra que « la race noire comme celle des véritables … au moins, de ceux qui ont occupé les premiers le sol de l’Océanie, les hommes d’un teint plus clair appartiennent à une race de conquérants venant de l’ouest, se répandit peu à peu sur les îles de l’Océanie ».En outre, George Robertson, l’officier navigateur du Dolphin, remarqua que la population des îles étaient  non pas de deux comme vous le soutenez mais de trois pigmentations différentes : teint cuivré comme les malais,  teint presque blanc et les derniers avaient le teint des  mulâtres. Aux Tuamotu,  Bellinghausen, explorateur Russe nota que les indigènes étaient  « très foncés de visage et de corps ». Il est surprenant de constater avec quelle diligence les navigateurs ont considéré que ceux qui avaient «le teint foncé » étaient de classe inférieure et que bien entendu, les femmes polynésiennes pour être reconnues belles devaient ressembler aux européennes. Les critères sociaux ou esthétiques appliqués à la Polynésie sont ceux des européens et c’est selon moi, un nouveau manque de respect envers la culture et  la race des autres. Pour les Polynésiens, la peau noire était un signe de bonne santé. D’ailleurs, selon  Jean Guiart[4], les ancêtres des Polynésiens se trouvent en Mélanésie […]  des affirmations de tant d’auteurs voulant hiérarchiser les nations  océaniennes entre les plus foncées, qui seraient les plus sauvages, et les  plus claires, donc les plus civilisées […]  Vouloir hiérarchiser les Polynésiens et les mélanésiens traduit une sorte de racisme honteux, les Polynésiens servant de substitut symbolique aux blancs.

 

Tautiraso- Cela est dû au fait que, dans l’esprit des Européens des XVII ème et XVIII ème siècles, la couleur noire était associée à l’esclavage.



[1]Journal de Bougainville, TI

[2] Note de Bovis, Etat de la société tahitienne à l’arrivée des Européens, P 68, Société des études océaniennes, Papeete, 1978

[3] Bougainville, Voyage autour du monde Ed. La Découverte, Paris 1992 p 153

[4]Découverte de l’Océanie, T1 p 65

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

San Francisco (CA)

 

 

 

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